Il n’y a pas de vote musulman, mais des musulmans qui votent pour des valeurs, et chacun en fonction de ses références

Il n’y a pas de vote musulman, mais des musulmans qui votent pour des valeurs, et chacun en fonction de ses références

13/03/2011 par Akli Mellouli

SOURCE AFP

Les musulmans, appelés jeudi à quitter l’UMP pour protester contre le débat sur la laïcité et l’islam, ne forment pas un « bloc électoral » uni même s’ils ont été, pour certains d’entre eux, séduits par Nicolas Sarkozy en 2007, selon des experts. Les électeurs musulmans « se distribuent sur l’ensemble de l’échiquier politique », de l’extrême droite à l’extrême gauche, selon la sociologue Nacira Guenifi qui parle de « convergence des comportements électoraux » avec ceux de l’ensemble des Français.

Leur vote est « très dispersé » et « n’exprime pas l’appartenance religieuse », confirme le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohamed Moussaoui, selon lequel l’émergence d’une classe moyenne « a pu favoriser un certain vote à droite », même si aucune étude sur un vote communautaire n’a jamais été réalisée.

Lors de la dernière présidentielle, des musulmans n’avaient pas caché leur préférence pour Jean-Marie Le Pen qui avait choisi une jeune fille d’origine nord-africaine pour illustrer l’une des premières affiches de sa campagne. Un étudiant en histoire de l’art avait alors expliqué sous le couvert de l’anonymat qu’il partageait avec l’ex-dirigeant frontiste « certaines valeurs morales », comme l’interdiction du mariage homosexuel. Mais en 2007, il y a eu surtout un « effet d’aubaine » profitable à Nicolas Sarkozy qui avait mis en avant des icônes venues de pays musulmans, comme Rachida Dati, de père marocain et de mère algérienne, et Rama Yade, de parents sénégalais, selon Nacira Guenifi.

Vote anti-musulmans

Cette stratégie a engendré « un transfert de voix sur Nicolas Sarkozy, et non sur la droite », analyse la sociologue. Mais, table-t-elle, ce « moment d’émerveillement électoral ne va pas se reproduire en 2012, car la politique d’affichage outrancière » de Nicolas Sarkozy a abouti à « un désenchantement » de ces électeurs. Au gouvernement, les figures de la diversité « n’ont jamais été en position d’exercer le pouvoir » et « ce qui reste finalement dans le marbre, ce sont les lois de plus en plus répressives » mises en place par Rachida Dati, alors que Fadela Amara « a joué le rôle de fossoyeur de la politique de la ville », accuse Nacira Guenifi.

« Il n’y a pas de vote musulman, mais des musulmans qui votent pour des valeurs, et chacun en fonction de ses références », remarque Akli Mellouli, élu socialiste. Par contre, dit cet adjoint au maire de Bonneuil (Val-de-Marne), « il y a un vote anti-musulmans que l’UMP veut disputer au FN en organisant ce débat sur la laïcité qui est en réalité un débat sur l’islam ». Ce débat que le secrétaire général de l’UMP Jean-François Copé doit organiser le 5 avril a soulevé la colère de musulmans lors d’une réunion d’élus et de responsables associatifs tenue jeudi soir à la Mosquée de Paris. Le recteur de la Grande Mosquée Dalil Boubakeur a appelé le président de la République à l’annuler, car « les citoyens musulmans de France ne doivent pas être les boucs émissaires d’une situation de crise ». Un militant du Gard, Abdallah Zekri, chargé de mission au CFCM et aumônier musulman des hôpitaux, a déchiré sa carte et appelé « tous les musulmans de l’UMP » à l’imiter.

Ce contenu a été publié dans ACCUEIL, Dans la presse, Hors Champs, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.