med in marseille et Akli MELLOULI président de l’espace franco Algerien

Akli Mellouli : « Ce débat [...] attise le feu entre les populations. L’histoire coloniale est en train de nous rattraper »

Publié le 19 janvier 2010, mise à jour le 20 janvier 2010
par Henda Bouhalli

 

Les propos tenus par le Maire de Marseille qui ont fait polémique vendredi dernier lors du « débat » organisé au vélodrome puis à la préfecture des Bouches du Rhône, ont fait réagir de nombreux élus en France, parmi eux, Akli Mellouli, président de l’Espace Nationale Franco-algérien et chargé de mission au Conseil Régional Ile-de-France (PS). Ayant souhaité réagir à ces propos, nous l’avons interrogé pour qu’il puisse s’exprimer sur ce « faux » débat sur l’identité nationale et expliquer pourquoi les déclarations de Jean-Claude Gaudin sont inquiétantes. Entretien.

 

Vous avez-souhaité intervenir après avoir pris connaissance des propos tenus par le Maire de Marseille, pourquoi ?

Les propos de Jean-Claude Gaudin sont une atteinte au vivre ensemble. Quand on dit qu’il y a « 15 à 20 000 musulmans qui ont déferlé dans le centre ville », on utilise le cliché, le fantasme pour justement faire peur aux gens. Pour que les gens se replient sur eux même, se protègent et se mettent sur la défensive. Or, quand vous êtes sur la défensive, vous n’êtes plus dans la construction alors que l’objectif c’est de construire ensemble. D’ailleurs, c’est l’émir Abd El-Kader qui avait dit en son temps et cette phrase n’est pas assez reprise : « ne juges pas quelqu’un sur son origine, sur ce qu’il parait être, mais juges le sur ses valeurs, ses principes et ses actes ».

Moi, je suis d’origine algérienne, je suis ce que je suis, mais je veux que les gens me jugent sur mes valeurs, sur mes principes et sur mes actes. C’est là dessus qu’on doit juger les gens et être français c’est tout simplement partager les valeurs de la république française. Et quand ces valeurs ne sont pas appliquées, il y a un problème. La France que j’aime c’est celle qui donne sens aux valeurs de la république et non pas la république qu’on a instrumentalisée ou détourner pour justifier la colonisation.

Des gens comme Toussaint Louverture qui était général de l’armée Française n’a fait que mettre en oeuvre les principes et les valeurs de cette république en luttant contre l’esclavagisme et faire triompher ces valeurs d’égalité, de liberté et fraternité en Haïti. En le citant permettez moi de témoigner au nom de l’espace Franco-Algérien notre soutien et notre amitié au peuple HaÏti. Comme d’autre après lui ont, notamment en 1945, ont défilé à Sétif, dans l’euphorie de la victoire conre le facsime aux cris de « A bas le facisme et le colonilisme », toujours fidèle à ces mêmes valeurs fondatrices de la république.

Aujourd’hui, nous avons cette double appartenance, c’est-à-dire que nous sommes attachés aux valeurs de la révolution française mais aussi attachés aux valeurs de la révolution algérienne qui ont fait qu’effectivement un peuple à voulu mettre en phase à ces principes et se libérer du joug colonial. Nous ne pouvons pas porter atteinte à la dignité des gens et un jour s’étonner que ces gens se révoltent pour exister, c’est surtout ça les valeurs de la République. Nous avons la chance d’être les enfants de la révolution française et à la fois de la révolution algérienne et quand on est les enfants d’une double révolution, on est doublement attaché aux principes de liberté.

Au-delà de ce dérapage là, de sémantique, on a vu le nombre de dérapages qui a eu sur ce débat qui n’est autre qu’un faux débat. D’ailleurs, la réalité le démontre. On a le sentiment qu’avec ces leurres sémantiques, ils visent cette question de la « double nationalité », cette question des enfants du FLN. On a une vraie difficulté en vérité dans l’Histoire de France y compris avec l’esclavage et la colonisation.

Aujourd’hui, il y’a des gens qui ont fait un travail là-dessus et qui commencent à l’expliquer. On commence un peu à en parler même si on parle des immigrations du sud et non pas de l’ex-empire colonial parce qu’il y a certains termes qu’on voudrait oublier comme si l’oubli pouvait nous permettre de construire le vivre ensemble. Je pense qu’il faut mettre des mots sur les maux et je crois effectivement que ce débat vient réveiller de vielles douleurs et vient encore attiser le feu entre les populations, entre les communautés « venues d’horizons divers » et cette histoire coloniale qui est en train de nous rattraper. Nous, on avait travaillé, dans le cadre de l’espace franco-algérien, pour permettre de mettre des mots sur des maux et que l’histoire soit dite et qu’on puisse montrer qu’il n y a pas eu de positif dans la colonisation contrairement à ce qu’on a voulu faire croire.

On voulait aussi démontrer que ces gens se sont battus pour leur liberté et qu’à la rigueur, ils étaient en phase avec les valeurs de la révolution française, de la république et non pas avec ces pseudos valeurs c’est-à dire coloniser les gens pour leur bien être ce qui était une hérésie et ce qui n’a jamais été le cas. Ce sont des mensonges de l’Histoire qu’il faut effectivement traduire, ça n’enlève pas les responsabilités, on ne demande pas aux gens de se flageller ou de se culpabiliser mais on voit bien aujourd’hui que derrière tout cela, la visée ce sont les enfants du FLN, c’est l’Islam, c’est ce qu’ils sont. Ils essaient par tous les biais de renvoyer à leur extériorité, à leur étrangéité une partie de la population française, qui est française même si certains ont du mal à le croire voire à le digérer

Les élections régionales approchent à grand pas (14 et 21 mars 2010), est-ce que vous donnez des consignes de votes ?

Moi, je suis au Cabinet de Jean-Paul Huchon, je suis également président de l’Espace national Franco-Algérien. Au nom de l’Espace national Franco-Algérien, on ne donne pas de consigne de vote. Nous demandons à nos militants de voter en leur âme et conscience en fonction des prises de position des uns et des autres. Par exemple, l’espace franco-algérien n’apportera jamais son soutien à quelqu’un comme Georges Frêche, parce que ses propos portent atteinte à la cohésion sociale et au vivre ensemble. Et qu’on soit de gauche, même si je suis de gauche, je l’assume et je le dis, ça ne m’empêche pas d’avoir aussi un regard et des réserves sur des propos.

Donc, à partir de ce moment là, nous demandons à ceux qui nous soutiennent de prendre les mesures des propos des uns et des autres et vous savez bien comme moi qu’aujourd’hui en république le seul moyen de s’exprimer c’est le bulletin de vote. Si les populations stigmatisées se déplaçaient pour mettre un bulletin dans l’urne et que si le taux de participation est élevé, je crois que cela commencerait à inquiéter les politiques. J’appelle donc tout le monde à venir mettre son bulletin dans l’urne et qu’ils votent pour qui ils veulent mais surtout pas pour des gens qui nous méprisent ou qui insultent en permanence la dignité humaine. C’est le vote qui fait peur dans une démocratie, on n’est pas dupe et on peut aussi avoir notre propre révolution dans un système démocratique.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

A travers les franco-algériens, c’est à toute la population qu’on s’adresse. Je voudrais donc dire qu’ils doivent être loyale avec leur pays d’accueil, qu’ils doivent être fiers d’être français mais aussi fiers de leur origine parce qu’ils ne seraient pas ce qu’ils sont aujourd’hui s’ils se reniaient et que l’on peut être ce que l’on est sans se renier. Je les appelle à être attachés à leurs origines, ce n’est pas incompatible. On peut être binationaux sans forcément être une cinquième colonne.

Ce faux débat ne doit pas masquer les vraies réalités qui sont la reconnaissance de notre histoire commune. Il faudrait que dans les livres d’histoire, on parle mieux de l’esclavagisme, du colonialisme afin de permettre de mieux préparer l’avenir. Pour cela, nous devons être solidaires. Je voudrais d’ailleurs leur souhaiter tous mes vœux de bonheur, de santé mais surtout le bonheur parce que comme le dit le poète : « il ne faut pas de tout pour faire un monde, il faut surtout du bonheur » et moi je rajouterais surtout de la solidarité. Si ce principe de solidarité fonctionnait mieux et bien nous trouverions ensemble les voies d’un avenir meilleur.

C’est tout le mal qu’on peut se souhaiter. Moi je le dis, je suis élu de la république française, je suis loyal avec mon pays d’accueil, je suis fier d’être français mais d’être français dans ma diversité, avec les origines auxquelles je suis attaché, à ce pays qui est le pays de mes parents et qui m’a vu naître. Si je ne me reconnais pas dans tout ce que je suis, je suis sans racines et sans racines les arbres poussent moins bien que les autres. On a suffisamment perdu de temps. On était dans l’injonction intégratrice qui est productrice de discrimination alors que nous sommes français et qu’on a plus besoin de cette injonction. Je crois donc que nous devons lever l’injonction pour être enfin nous même : être attachés à nos racines, les cultiver et avoir en même temps la tête dans l’universel.

 

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