La crise des migrants?

« La crise des migrants » est partout, l’expression n’a cessé d’essaimer dans les médias et les discours politiques. Comme d’habitude, le terme de crise fait recette et il n’y a pas un jour de l’année où nous ne connaissions pas une situation critique.

A chacun donc de souligner la complexité de la situation, ses ramifications géopolitiques, économiques, sociales voire culturelles.  Ce qui nous amène à opérer des distinctions byzantines entre les bons et les mauvais migrants, à pointer du doigt les responsables, à porter le débat sur tout autre chose, l’Union Européenne, l’Islam, nos relations avec Vladimir Poutine. En somme, « la crise des migrants » est une expression si creuse qu’on en voit jamais le fond.

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En revanche, si l’on reformule la question en interrogeant le terme de migrant, nous assisterions à un vrai « choc de simplification ». En effet, le migrant dont il est question est un être humain qui cherche un refuge, un abri, un lieu qui lui permettra d’être en sécurité.

Que cette sécurité soit physique ou matérielle, il reste qu’il en est ici de la survie et non du confort. Le migrant ou je dirais plutôt le réfugié est dans une situation tragiquement simple, où se profilent deux options, la vie ou la mort.

Il ne s’agit donc pas de s’épuiser à discuter car il y a urgence. Lorsqu’une maison est en feu, on pense d’abord à sauver ses occupants, on ne s’arrête pas pour débattre des conditions de leur relogement.  Pourtant, c’est bien ce que tout le monde fait, au lieu de répondre à une situation exceptionnelle, nous créons une zone d’exception, un sas hermétique afin de nous permettre de transformer notre devoir humanitaire en tâche bureaucratique.

Une phrase d’un ancien premier ministre socialiste a fait couler beaucoup d’encre. Michel Rocard aurait dit puis écrit que ‘’la France ne peut accueillir toute la misère du monde ». On a beaucoup discuté cette phrase, Michel Rocard lui-même a répété qu’elle était tronquée qu’il avait ajouté « mais la France doit en recueillir fidèlement sa part ». Il n’y a pas lieu ici de rentrer dans un débat sur ce qui a été dit ou non mais juste de souligner un adverbe : fidèlement.  La France a un devoir de fidélité, ce devoir elle doit d’abord l’exercer envers elle-même.

La devise de la République ne s’arrête pas là où les frontières de la France commencent, la liberté, l’égalité et la fraternité sont des valeurs universelles.  Pour cette raison, la France se doit de faire preuve de fraternité avec ceux qui se trouvent en danger, elle doit être capable de réagir à une urgence, de sauver ceux dont la maison est en flammes puis de réfléchir avec ses partenaires à une solution à long terme.

« La crise des migrants » ne donne donc pas à voir quelque chose de complexe, non elle montre deux choses, de la lâcheté et de la faiblesse. Peut-être suis-je trop dur, c’est peut-être encore pire, peut-être sommes-nous tellement convaincus que notre propre maison est en feu que nous sommes pétrifiés à l’idée de faire preuve de force et de courage.

En effet,  une grande majorité des français sont inquiets ou vivent dans une situation de précarité, les médias et les politiques ne cessent de le répéter. C’est vrai autant qu’il est vrai que la France est un pays qui a des ressources, de l’intelligence, du courage et une place importante à garder sur la scène internationale.

 Nous avons perdu le sens des réalités en nous convainquant d’être un pays pauvre, en crise, mourant. Tout cela est faux et profite à ceux qui ne veulent pas que nous sachions que la France est au contraire un pays riche  mais où une partie de la population vit dans la pauvreté. Se convaincre que l’on ne peut accueillir des réfugiés équivaut à légitimer la situation dans laquelle nous nous trouvons, à justifier l’idée que la France subit alors qu’elle a tous les moyens d’agir.

« La crise des migrants » est une expression idéologique, une manière de justifier nos injustices sociales, l’accroissement de nos inégalités, de prétendre qu’elles ne peuvent être combattues. Elle montre un cynisme qui nous entraîne dans un pessimisme mortifère.   Notre maison n’est pas en flammes, je peux vous le garantir, en revanche méfiez-vous ceux qui nous le répètent tout en voulant assumer le rôle de pompiers, ceux-là sont en réalité des pyromanes et non des Républicains.

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