Intervention sur les violences faites aux femmes

 

1) Les violences faites aux femmes sont une réalité plurielle et mal connue

Longtemps, quand on disait « violences faites aux femmes », on pensait à des agressions ou à des viols commis par des inconnus. Or, la moitié des violences faites aux femmes sont commises au sein du ménage.

Si on veut apporter des réponses efficaces à ce fléau social, il est essentiel d’en avoir une représentation juste et précise.

Les violences faites aux femmes peuvent être physiques et/ou morales. Du viol aux insultes en passant par les mutilations sexuelles ou les mariages forcés, elles peuvent être commises dans un lieu public mais aussi au sein de la famille ou encore sur le lieu de travail (harcèlement sexuel).

Les violences faites aux femmes ne sont pas un phénomène facile à appréhender, d’autant que les victimes n’osent pas parler. D’après l’INSEE, les violences intra conjugales sont très mal rapportées : un cinquième des victimes de violences physiques et le tiers des victimes de violences sexuelles n’ont pas porté plainte, ni enregistré de main courante, ni parlé à qui que ce soit (ami, médecin ou association).

Face à ce constat, il est essentiel :

– De faire évoluer les mentalités. Les victimes ne doivent plus se sentir honteuses ou coupables ;

– De se donner les moyens de mieux connaître la réalité de ces violences. C’est pourquoi, la mise en place d’un Observatoire national des violences faites aux femmes (Un des 40 engagements de François Hollande pour l’égalité femmes – hommes, confirmé hier par la ministre des droits des femmes) est essentielle. Elle permettrait de mener les études nécessaires à la connaissance statistique de ces violences, de mesurer l’application des lois et l’efficacité des dispositifs et d’imaginer sur la base des bonnes pratiques de nouvelles solutions.

Car, si les violences faites aux femmes sont inacceptables, elles ne sont pas inéluctables.

2) Les acquis de la lutte contre les violences faites aux femmes

Depuis quelques années déjà, sous la pression des associations, les pouvoirs publics ont pris des mesures nécessaires mais encore insuffisantes.

Parmi les plus récentes, citons à l’échelle nationale :

– La reconnaissance de la « lutte contre les violences faites aux femmes » comme une « grande cause nationale » en 2010 ;

– Le vote de la loi cadre contre les violences faites aux femmes du 9 juillet 2010 ;

– Le récent vote de la loi du 6 août 2012 contre le harcèlement sexuel ;

À l’échelle locale, il existe de nombreuses bonnes pratiques qui mériteraient d’être étendues à tout le territoire. Par exemple :

– L’accompagnement des victimes proposé par l’observatoire des violences faites aux femmes de la Seine Saint Denis ;

– Le dispositif mis en place dès 2009 par la Région Ile-de-France qui permet de réserver un quota de logements sociaux aux femmes victimes de violences.

Ces exemples montrent que nous avançons mais qu’il est vraiment nécessaire de promouvoir une réflexion globale, de grande ampleur sur ce phénomène pour tirer les leçons des acquis, articuler les dispositifs existants et poursuivre cette lutte de façon innovante.

3 pistes peuvent être explorées.

3) Poursuivre cette lutte, en reconnaissant ces violences, en prenant les victimes au sérieux

La reconnaissance et la visibilité de ces violences sont essentielles. Elles passent par :

– Le développement des études et la production de statistiques pertinentes ;

– L’organisation de l’accueil des victimes : les personnels de la police, de la justice et de la santé doivent recevoir une formation qui leur permette de recueillir les témoignages des victimes et de prendre la mesure de leur gravité ;

– Le lancement de campagne publiques de sensibilisation et d’information. Au plus haut niveau de responsabilité, des actes et des paroles symboliques doivent être prononcés. Dans cette logique, il faut saluer deux initiatives. La première est la campagne contre le viol, lancée par trois associations (OLF, le Collectif féministe contre le viol et Mix-Cité), dont le slogan est « la honte doit changer de camp ! » ; la seconde a été lancée cet été par Clémentine Autain. Elle propose aux femmes qui ont été victimes de viol de signer un manifeste, comme leurs aînées sur l’avortement, afin de libérer la parole sur le viol.

4) Poursuivre cette lutte, en accompagnant efficacement les femmes et leur entourage

Il est essentiel de développer des dispositifs efficaces

– Prendre en charge les victimes : Dans les cas de violences conjugales, cela signifie protéger les femmes victimes de leur conjoint en leur garantissant, la mise en œuvre de l’ordonnance de protection. Celle-ci permet d’éloigner le conjoint violent du domicile. Ou, si la femme ne souhaite pas ou ne peut pas rester à son domicile, garantir, au minimum, une place dans un centre d’hébergement d’urgence. Or, aujourd’hui en France, seules 1500 places sont disponibles. Il faudrait au minimum multiplier par 4 ce nombre de places pour parvenir au seuil fixé par une résolution du Parlement européen d’une place pour 10 000 habitants.

Au-delà de l’hébergement d’urgence, il faut engager au niveau national une concertation avec les bailleurs sociaux afin que, dans la procédure d’attribution des logements sociaux, le cas des femmes victimes de violences conjugales soit prévu. Des logements doivent leur être réservés. Trop souvent, ces femmes sont victimes d’une double peine : violentées par leur conjoint, elles doivent quitter leur domicile et chercher un nouveau logement.

Dans l’idéal, il faudrait adapter les dispositifs aux femmes les plus vulnérables, femmes immigrées, sans papiers, femmes en situation de handicap : comment appeler au secours quand on est sourde et muette, par exemple. Il est évident que le 3919, numéro d’appel d’urgence, n’est pas adapté.

– Punir les auteurs de violences : Il faut briser les tabous et former le personnel de la police et de la justice pour inciter les victimes à porter plainte. En France, un viol est commis toutes les 8 minutes. Or, seulement 1 viol sur 8 fait l’objet d’un dépôt de plainte. C’est inadmissible. Le dépôt de plainte est le premier pas, indispensable, vers la punition du coupable et la possibilité pour la victime de se reconstruire. Afin de traiter les origines du problème, on pourrait aussi imaginer, comme au Canada, que les peines soient assorties, pour les auteurs, d’une prise en charge psychologique.

– Protéger les enfants : Très souvent, les situations de violences conjugales sont des situations de violences intra familiales. Il est essentiel de protéger les enfants contre les violences mais aussi de les suivre psychologiquement afin qu’ils ne reproduisent pas ces situations.

– Soutenir le tissu associatif : Les associations disposent d’une expertise indispensable sur le sujet. Il est indispensable de les associer à la réflexion sur le sujet et à la mise en place de nouveaux dispositifs. Elles doivent disposer de moyens suffisants pour développer des actions qui sont d’utilité publique.

5) Poursuivre cette lutte, en déconstruisant les stéréotypes des relations femmes – hommes

Les violences faites aux femmes sont une expression de la domination masculine. Pour les éradiquer, il est nécessaire d’éduquer les enfants, filles et garçons, dès leur plus jeune âge au respect de l’autre. Dans cette logique, il faut se féliciter de l’expérimentation annoncée hier par la ministre des droits des femmes. Dans 5 académies, des modules à destination des 6 – 10 ans seront mis en place pour prévenir les violences faites aux femmes. Ce genre d’initiative devrait être généralisé.

Enfin, il est indispensable que les hommes participent à cette lutte en se désolidarisant des comportements violents envers les femmes. Dans cette logique, citons l’initiative du réseau « Zéro macho » intitulée « Nous n’irons pas au bois ». Elle a été lancée par un collectif d’hommes qui appelle à la signature d’un manifeste contre la prostitution :

« Nous, signataires de ce manifeste, hommes de tous âges, origines et conditions, refusons de vivre notre sexualité au travers de rapports marchands. Pour nous, la sexualité est avant tout une relation humaine, vécue dans l’égalité et le respect de l’autre, de sa liberté et de son désir. »

http://encorefeministes.free.fr/zeromacho.php3

Il faut des moyens financiers et humains pour lutter contre les violences faites aux femmes. Mais sur ce sujet où les blocages culturels sont forts, il faut aussi des discours clairs et des actes symboliques.

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